
Pourquoi quitter les réseaux sociaux en tant que professionnelle
Mon rapport à Instagram et ma décision d’en partir
Pendant plusieurs années, j’ai passé mon temps à créer du contenu sur Instagram, pour développer mon activité de bijoutière (fabrication de bijoux personnalisés et sur mesure), mais je sentais bien que quelque chose clochait, que ça me prenait beaucoup d’énergie pour peu de résultats, je faisais souvent des (très longues) pauses et j’y revenais. Un jour j’ai voulu prendre les choses en main et m’y investir vraiment, parce que je lisais un peu partout que c’était indispensable pour développer son activité. Je me disais, beaucoup d’autres y arrivent (ou semblent y arriver), alors pourquoi pas moi ? J’ai donc décidé de suivre un coaching dédié entièrement à Instagram. C’était très complet, j’ai pu travailler énormément de choses concernant ma communication, mon organisation, c’était très intéressant et cela me sert dans tous les domaines, pas seulement les réseaux sociaux : pour ma newsletter, ma boutique en ligne, mes supports papier pour un marché artisanal ou une boutique physique. Paradoxalement c’est grâce à ce coaching que j’ai enfin eu le déclic : Instagram ne me convient pas et ce n’est pas comme ça que je veux communiquer !
J’ai décidé de quitter ce réseau, en le gardant uniquement comme vitrine. Je n’ai pas fermé la porte au fait de revenir de temps en temps en stories (même si pour l’instant je n’y suis pas retournée).
Un peu d’histoire…
L’année 2007 où j’ai vu Facebook débarquer, j’ai vite compris que ça n’allait pas me chambouler. Nombre de mes amis s’y sont jetés corps et âme comme s’ils avaient attendu ça toute leur vie. Je voyais déjà certaines personnes collées à leur écran d’ordinateur (à l’époque tout le monde n’avait pas forcément un smartphone et je ne crois pas que l’appli existait), stressées, guettant la moindre notification arriver. La machine addictive était lancée…
Instagram est arrivé après : au départ, c’était différent de Facebook. Seulement des photos, si possible jolies. Ca changeait des récits passionants à lire sur Facebook, qui racontaient « aujourd’hui je ne suis pas allé bosser », ou « mon bébé fait de la fièvre je n’ai pas dormi cette nuit »… non pas que ça ne m’intéresse pas, mais lire ça tous les jours venant de personnes différentes, proches ou moins proches, je trouvais ça intrusif.
Avec Instagram, on pouvait rêver un peu, regarder des belles images, il y avait encore une sorte de poésie. Et puis on a vu apparaître les photos de nourriture, d’enfants de gens qu’on ne connaît pas, bref du quotidien qui devenait soudainement extraordinaire.
Utilisation des réseaux sociaux : personnelle, commerciale
Au départ l’idée était de se connecter avec des personnes d’une même école, d’un même travail, retrouver d’anciens amis, etc. Pourquoi pas. On pouvait concrétiser ses amitiés, ses liens familiaux, partager sa vie, avec toutes ses relations en même temps. Personnellement, ça me faisait l’effet d’un tourbillon sans fin où chacun se manifestait en même temps autour de moi. Ce qui ne me plaisait pas trop, étant plutôt du genre à l’aise en « petit comité » et pas dans une foule.
Pour les artisans, c’est rapidement devenu un moyen de se faire connaître gratuitement, de bâtir une sorte de communauté, de conquérir de nouveaux clients et les fidéliser. Peu à peu les fonctionnalités arrivaient : ajout de vidéos courtes puis longues, musique, facecams en direct, les stories pour plus d’intimité, les sondages, stickers, partages divers, changements de formats, les notes… je ne compte plus le nombre de nouveautés qui apparaissent chaque mois. Pour développer son commerce, cela permet d’humaniser son travail, d’être plus proche de ses clients, de montrer sa vraie personne et pas uniquement sa façon de travailler.
L’idée que le Réseaux Sociaux sont indispensables pour se faire connaître
Quand on veut travailler sa communication en tant qu’artisan, les réseaux sociaux sont vantés comme incontournables pour se faire connaître, comme si on ne pouvait pas s’en passer pour gagner sa vie. Qui a décidé ça ? J’aimerais bien le savoir.
Effectivement, il est difficile de passer à côté du numérique aujourd’hui. Mais le numérique c’est vaste. Site internet, blog, fiche Google, forums spécialisés, réseaux sociaux divers (il y en a des tas maintenant). Selon le but de l’artisan, il ne va pas utiliser le même outil. Et surtout, il n’est pas obligé de TOUS les utiliser. Personnellement, depuis que j’ai créé mon entreprise, j’ai toujours eu : un site de vente en ligne, et un blog. Parce que pour moi c’était indispensable. J’achète certaines choses en ligne depuis des années, et je lis beaucoup d’articles de blogs, donc il me semblait logique de faire comme je fais. Et d’ailleurs, une partie de mes ventes vient de mon site internet, donc ça m’a confirmé que certain.e.s client.e.s me trouvent par ce biais. Pour le blog, eh bien j’adore écrire, et c’est vraiment comme ça que j’aime partager mes idées (on y reviendra plus loin concernant Instagram).
Les réseaux sociaux comme Instagram, Facebook, Linkedin, c’est aussi une présence en ligne, mais… c’est une présence éphémère. L’algorithme sélectionne ce qui est nouveau, pour nous apporter toujours plus de contenu, et nous donner envie de revenir souvent. Alors oui il y a des publications qui « tournent » longtemps, genre 1 mois, mais déjà c’est assez rare, et franchement, 1 mois, c’est quand même pas si long. Comme c’est épéhémère, et bien que faut-il faire pour être vu ? Y être TOUT LE TEMPS. Non seulement produire du contenu, mais aussi en consommer : regarder, commenter, liker. En plus de gérer son propre profil. On n’est pas loin de l’esclavage. Surtout quand on sait que s’absenter ne serait-ce qu’une semaine du réseau est pénalisant car Instagram estime que notre contenu ne vaut pas trop la peine d’être mis en avant. Instagram veut du frais, du nouveau, sans pause.
Il faut savoir qu’en tant que créateur de contenu, cela prend plusieurs heures par semaine pour tout faire : trouver des idées, prendre et classer les photos, vidéos, faire des montages, écrire les textes, répondre aux commentaires, faire des stories plusieurs fois par jour en utilisant tous les éléments mis à disposition (sondages, stickers et j’en passe), s’adapter aux nouveautés tous les mois… tout ça en ayant une stratégie en béton car si on veut vendre ses produits, ça ne se fait pas au feeling ! Il faut capter la possible clientèle, amadouée par des milliers de contenus comme le notre, donc être à la fois rapide ET pertinent, sinon c’est scroll en 2 secondes. Ajouter à ça son propre temps à scroller pour voir un peu ce qu’il se passe, se montrer chez les autres, liker et commenter d’autres comptes pour se faire connaître ou simplement parce qu’on aime un contenu… Pour quel résultat ? Sans doute des ventes pour certain.e.s mais à quel taux horaire ? Quand on vend du service pourquoi pas mais quand en plus on passe du temps à fabriquer des objets, j’ai un doute sur la rentabilité ! A moins de déléguer à une personne dédiée (et donc payée pour).
En fait, je pense qu’Instagram convient à certaines personnes. Des personnes qui prennent plaisir à y communiquer, qui aiment ce fonctionnement, et c’est tant mieux si elles y trouvent leur compte.
Donc cette idée que les réseaux sont « indispensables » pour se faire connaître est fausse. C’est comme si on disait « ah mais tu dois absolument faire des marchés pour te faire connaître ». Si je suis timide et que je n’aime pas tenir un stand, ben non, je ne ferai pas de marchés. Instagram c’est pareil : si tu aimes jouer le jeu, ça marche, sinon, il y a d’autres possibilités !
Le fonctionnement même d’Instagram (ou ce qu’Instagram veut)
Les réseaux sociaux, depuis le début et même actuellement, sont un lieu de divertissement. On y glane ça et là des recettes de cuisine, on regadre les photos de la famille lointaine, on suit l’actualité, on discute avec des inconnus. Ça occupe, ça nous rend vivant, ça nous fait croire qu’on n’a rien raté de ce qui se passe autour de nous. Comme ça, ça l’air inofensif. Mais regardez autour de vous comment se comportent les gens qui regardent leur smartphone : scroller sans fin, comme des zombies, qu’est-ce que ça leur apporte ? Un réseau dit « social » mais qui nous enferme dans un petit écran et nous coupe de toute conversation avec d’autres humains à côté de nous.
Il faut savoir que les réseaux sociaux utilisent des mécanismes psychologiques bien connus, les mêmes qu’avec les machines à sous : basés sur la récompense (les likes, partages, commentaires, clics sur les stickers…), l’effet de quasi-raté (récompenses aléatoires qui nous font revenir pour en obtenir encore). Le cerveau en redemande et ne sait pas s’arrêter.
Avec les notifications, ces petites pastilles en rouge, nous donnant un sentiment d’urgence, il y a déjà l’injonction à y revenir souvent. J’ai remarqué qu’on peut changer plein de choses sur un téléphone pour le personnaliser, mais pas cette couleur de pastille !. Avec l’apparition des stories, qui ne durent que 24h, on en ajoute une couche : on ne veut rien rater, il faut publier/regarder plusieurs fois par jour pour montrer son quotidien matin midi et soir, sa réflexion du moment. Bref, smartphone en main en permanence pour tout filmer, photographier, raconter… Pas de répit pour le cerveau !
Les formats sur Instagram
En plus de ces sollicitations sans fin, un phénomène de perte de la capacité d’attention se dessine. En effet, de par les formats imposés, et la règle de « capter l’attention en 3 secondes » pour faire stopper le scroll, chaque sujet que l’on veut évoquer doit être simplifié, réduit, pour être juste assez intéressant à lire, et rapidement consommé. Et comme les infos vont et viennent de toutes parts, si l’on veut vraiment faire passer un message (sous-entendu le marteler comme une pub), on peut le reformuler, toujours de manière concise et accrocheuse, autant qu’il le faudra pour que ça rentre dans votre petite tête.
L’algorithme
Ah l’algo (de son petit nom), cette entité mystérieuse sur laquelle tout repose. Quand on se plaint on dit que c’est la faute à l’algo, quand on veut reprendre sa comm en main on se dit « ce n’est pas l’algo qui décide ». Je dirais oui et non ! Effectivement nous sommes libres de poster nos sujets, d’avoir notre manière de parler, etc. MAIS à la finale, c’est quand même l’algorithme qui passe par là, qu’on le veuille ou non. Et que fait l’algorithme concrètement ? Il sélectionne à notre place, nous montre du contenu similaire à ce que l’on consomme déjà, pour nous plaire et nous faire rester sur l’application le plus longtemps possible. Le documentaire « The social dilemma» parle des dangers des réseaux sociaux, et les créateurs de l’algorithme disent eux-mêmes qu’ils ne savent plus vers où ça va, que c’est devenu incontrôlable. Soit c’est du mensonge pour se dédouaner, soit… c’est quand même bien flippant que la machine ait pris le dessus et décide de notre consommation d’images et de textes, et donc quand même de notre pensée…
Les chiffres
Je voulais aussi parler de ce sujet important concernant Instagram : les chiffres omniprésents. Nombre de likes, de commentaires, de partages. Nombre d’abonnés bien visibles en gras en haut à droite, qui incitent à la comparaison (comment ça il/elle a plus d’abonnés que moi ???), à la performance. Chez de nombreuses personnes, cela devient une obsession. Un vrai poison pour l’estime de soi ! Dans la vraie vie ces chiffres n’existent pas. Alors oui, dans la réalité, on peut très bien se dire « il a plus de succès que moi, il vend plus que moi » etc…mais perso je trouve ça beaucoup moins direct, je trouve même que ça peut être encourageant pour aller de l’avant et se dépasser, se donner la possibilité de faire mieux. Alors qu’avec la précision des chiffres, on est dans le détail malsain, l’obsession, et on se dévalorise, ce qui a tout l’effet contraire.
Instagram, c’est comme un mari toxique
Quand j’observe toutes les personnes qui se plaignent d’Instagram (le peu de visibilité, pas de ventes, pas de retours des abonnés – malgré l’investissement en temps et en énergie), j’ai l’impression qu’on se comporte comme si on avait un mari toxique. Imaginons que c’est une personne violente, qui nous rabaisse, nous tient en otage. Et qu’on se dit « faut peut être que je m’habille autrement, que je lui parle autrement, c’est ma façon de faire qui ne va pas, blablaba » alors qu’en fait, le vrai problème, c’est ce mari horrible qui ne changera pas ! La solution étant de le quitter (plus facile à dire qu’à faire mais là n’est pas le sujet).
J’ai listé précédemment ce qui constitue Instagram : mauvaise nouvelle, il ne se remettra pas en question non plus. Alors pourquoi à nous de le faire ? Son but, c’est toujours le même : nous rendre accro, nous divertir, nous retirer notre temps de réflexion et de recul, en utilisant nos émotions.
Je pense que quoique l’on fasse pour améliorer l’expérience d’instagram, en proposant du contenu de qualité, qui correspondent à des valeurs positives, cela ne marchera pas tant qu’instagram lui-même n’aura pas décidé de se remettre en question et de changer.
Pourquoi et comment quitter les réseaux sociaux
Alors en conclusion : doit-on quitter les réseaux sociaux ? Tout dépend de ce que cela vous apporte. Quand j’ai voulu arrêter d’y créer du contenu, j’ai fait la liste des points positifs et négatifs. Je viens d’évoquer les points négatifs.
Les points positifs sont beaucoup moins nombreux : j’y ai rencontré des personnes super, mais en y réfléchissant bien ce n’est pas directement par instagram que ça s’est fait. Disons qu’Instagram a permis de consolider le lien, mais que ça aurait pu se consolider autrement : par mail, par whatsapp, ou à l’ancienne par texto ! Sur Facebook, j’aime les groupes privés qui permettent de poser des questions ou donner des conseils, aussi bien pour ma vie personnelle (connaître les événements de ma ville, voir si un animal ou un objet est perdu…) que professionnelle (dialogues entres bijoutier.e.s:)). Ça s’arrête là, car pour les clients, en plusieurs années j’en ai eu très peu qui sont venus à moi par les réseaux. Pour le reste, si j’ai pu passer par la messagerie d’Instagram pour conclure certaines ventes, elle auraient très bien pu se faire autrement puisque ce sont des personnes de mon entourage, ou par ricochet entourage de mon entourage. Pour cela, mon site, mon adresse mail ou mon téléphone, suffisent amplement !
En arrêtant tout, déjà, je me suis libérée d’un poids énorme. Mais j’ai eu un peu peur car j’allais vers l’inconnu. Je me suis dit : « tu vas faire quoi à la place, pour te faire connaître ? » Et les idées n’ont pas tardé à arriver : contacter des boutiques locales, exposer dans des boutiques éphémères (je fais partie d’une association de créateurs des Yvelines), proposer des partenariats avec d’autres créatrices, ou même des marques. Et comme je le précisais en début d’article, j’ai toujours eu un site internet, et je focalise toute mon énergie sur le SEO (traduction : comment optimiser mon site pour être vue dans les résultats de recherche). Ce n’est pas éphémère comme les réseaux, et une fois que c’est mis en place, c’est solide, c’est du long terme. C’est évidemment aussi à entretenir régulièrement mais c’est une autre manière de faire qui me correspond beaucoup mieux. Pour ceci je conseille la formation de Claire alias purplebanana : Hello Seo qui est très complète, et également l’outil Rédiger sans migraine d’Amandine Bart.
Tout ceci est en projet, je ferai le bilan dans 1 an.
Le fait de ne plus devoir filmer tout ce que je fais, me permet aussi de d’être plus concentrée, de faire les choses naturellement, de retrouver ma créativité.
Aussi, je tiens à préciser que je ne ferme pas la porte complètement aux réseaux sociaux. Un format qui me plaisait, ce sont les stories car elle me permettaient d’avoir un contact plus proche avec mon audience, et je pouvais les utiliser de manière spontanée. Mais cela reste éphémère et chronophage, et nous incite à y être plusieurs fois par jour si on se laisse prendre à l’engrenage. Je me laisse donc la possiblité de revenir par ce biais, pour annoncer des nouveautés, ou simplement donner des nouvelles sur mon activité.
Elles ont quitté les réseaux sociaux… et s’en portent très bien !
Pour aller plus loin, je vous invite à consulter ces témoignages de personnes qui ont quitté instagram (liste non exhaustive), et qui le vivent très bien. Je suis tombée sur ces retours d’expérience quand j’ai moi-même voulu en partir, et ça m’a convaincue de sauter le pas.
- L’aquarelliste Cindy Barillet, qui nous l’explique dans sa vidéo Youtube « j’arrête les réseaux sociaux »
- L’épisode de Podcast de Mybel Andino (Les Chemins de Lumière) : Pourquoi j’ai quitté Instagram
- L’article d’Alexe Martel (rédactrice copywriting) : Pourquoi je quitte les réseaux sociaux
- L’article de Chloé (du blog Des mots et du thé) : Quitter instagram
Et même si cela ne concerne pas le sujet directement, mais je pense que ça a contribué à mon déclic de quitter les réseaux sociaux : le livre de Laure Dodier, Exploite ta zone de confort.
Alors, j’imagine qu’après avoir lu mon témoignage, vous n’aurez pas le réflexe de me suivre sur instagram 😅 et ça me va très bien. Le meilleur moyen de me « suivre » si le coeur vous en dit est de vous abonner à la newsletter, où je partage régulièrement mes réflexions, vous présente les nouveautés, les offres du moment… Ou bien, gardez le site dans vos favoris, et le moment venu, envoyez-moi un mail 😉

